10/07/2026
Initiative sur les soins infirmiers : 3 leviers fédéraux et des projets concrets en Valais
Les soins infirmiers en Valais bénéficient aujourd’hui de plusieurs instruments fédéraux destinés à renforcer la formation, l’innovation pédagogique et la collaboration entre les professions de la santé. Trois leviers complémentaires peuvent être distingués : l’offensive de formation, le programme spécial Soins infirmiers PgB et le programme ESMB. L’AVALEMS participe directement à leur mise en œuvre, au sein de la taskforce cantonale, du groupe de coordination HES-SO et du comité de pilotage du LötschenCareBot.
Dans cet article
Trois programmes pour renforcer les soins infirmiers en Valais
Le 28 novembre 2021, le peuple et les cantons ont accepté l’initiative populaire « Pour des soins infirmiers forts ». Sa mise en œuvre a été organisée en deux étapes.
La première étape vise principalement à renforcer la formation. Depuis le 1er juillet 2024, elle prévoit notamment un soutien à la formation pratique dans les établissements de santé, des aides financières aux étudiantes et étudiants ainsi que des mesures destinées à augmenter le nombre de diplômes en soins infirmiers. La Confédération participe à ces dépenses pendant huit ans.
Dans ce contexte, trois leviers peuvent être distingués :
- l’offensive de formation, qui passe principalement par les cantons et soutient les étudiants ainsi que les institutions formatrices ;
- le programme spécial Soins infirmiers PgB, qui agit sur les cursus Bachelor des hautes écoles spécialisées ;
- le programme Efficience dans le domaine des soins médicaux de base – ESMB, qui soutient des projets innovants, interprofessionnels ou intraprofessionnels.
Ces instruments ne financent donc pas les mêmes activités, mais ils doivent être pensés ensemble. Augmenter les inscriptions dans les hautes écoles suppose, par exemple, que les hôpitaux, les EMS et les services d’aide et de soins à domicile disposent parallèlement de suffisamment de places de stage et de professionnels capables d’encadrer les personnes en formation.
1. L’offensive de formation : soutenir les étudiants et les institutions formatrices
La loi fédérale relative à l’encouragement de la formation dans le domaine des soins infirmiers prévoit trois axes principaux :
- des contributions à la formation pratique dans les hôpitaux, les EMS et les services d’aide et de soins à domicile ;
- des aides permettant aux étudiantes et étudiants ES et HES de subvenir à leurs besoins pendant leur formation ;
- des mesures destinées à augmenter le nombre de diplômes délivrés par les écoles supérieures.
La Confédération peut prendre en charge jusqu’à la moitié des dépenses cantonales reconnues. Les contributions destinées à la formation pratique et les aides aux étudiants sont administrées par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), tandis que le soutien aux écoles supérieures relève du Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI).
Un premier bilan des mesures cantonales
En mars 2026, l’OFSP a publié un premier rapport portant sur les mesures financées durant le second semestre 2024. Le document montre que les cantons ont adopté des modèles très différents et que les prestations effectivement réalisées sont souvent restées en deçà des prévisions initiales. Plusieurs mesures ont en effet démarré plus tard ou plus lentement qu’espéré.
L’annexe du rapport, en page 13, est particulièrement intéressante. Elle recense les mesures soutenues en matière de qualité de la formation pratique en 2024 et 2025. On y trouve notamment :
- le financement du remplacement des praticiennes et praticiens formateurs pendant leur propre formation ;
- la création de pools de formateurs au service de plusieurs institutions ;
- la constitution de réseaux ou de regroupements de formation ;
- la mise en place de structures de coordination ;
- des mesures destinées à augmenter spécifiquement les places de formation pratique dans les EMS ;
- des unités d’apprentissage clinique, des outils numériques et des campagnes de recrutement.
Ces exemples montrent que le soutien fédéral ne doit pas nécessairement se limiter au versement d’une indemnité par semaine de stage. Il peut également agir sur les obstacles très concrets rencontrés par les institutions : manque de formateurs, difficultés à remplacer les collaborateurs absents, charge administrative ou impossibilité, pour une petite structure, de disposer seule de toutes les compétences nécessaires.
Le rapport constitue toutefois davantage un inventaire qu’un catalogue détaillé. Pour connaître précisément le fonctionnement des projets, il faut généralement consulter les sites des cantons, les messages adressés aux parlements cantonaux ou les pages des organisations porteuses.
Les mesures valaisannes
En Valais, la taskforce cantonale « soins infirmiers forts » réunit les acteurs concernés par la formation et l’emploi du personnel infirmier. Elle a identifié une quarantaine de mesures portant notamment sur le recrutement, les possibilités de formation, le maintien dans la profession et les perspectives de carrière.
Selon le rapport annuel 2025 du Conseil d’État, six projets ou mesures ont été déposés en vue d’un cofinancement fédéral et trois ont été acceptés :
- les aides à la formation pratique ;
- les aides ciblées aux étudiantes et étudiants ;
- le développement d’une plateforme d’échanges pour les praticiennes et praticiens formateurs.
Cette dernière mesure apparaît dans le rapport national de l’OFSP sous la désignation de plateforme bilingue, en français et en allemand, consacrée à la formation pratique. Elle doit améliorer l’accès aux informations, faciliter les échanges entre les personnes chargées de l’encadrement et renforcer les liens entre la formation et les institutions sociosanitaires.
L’AVALEMS siège au sein de la taskforce cantonale et y représente les réalités des EMS. Cette participation est essentielle : les institutions de soins de longue durée sont à la fois confrontées à une pénurie de personnel et appelées à contribuer davantage encore à la formation de la relève.
2. Le programme PgB : rendre les cursus Bachelor plus accessibles
Le deuxième levier concerne directement les hautes écoles spécialisées. Les PgB, pour Projektgebundene Beiträge ou contributions liées à des projets, permettent à la Confédération de soutenir des projets de coopération et d’innovation portés par les hautes écoles.
Le programme spécial Soins infirmiers fait partie de la mise en œuvre de l’initiative. Sa première partie, menée au second semestre 2024, visait à renforcer l’attractivité des études. La deuxième partie doit augmenter durablement le nombre de diplômes Bachelor en soins infirmiers.
Pour la période 2025–2028, six projets ont été sélectionnés au niveau suisse. Ils portent principalement sur deux champs d’action :
- la flexibilisation et la modularisation des cursus, notamment au moyen de nouveaux instruments et de technologies numériques ;
- la communication et la promotion des différentes voies d’accès aux études.
Le projet de la HES-SO
Le projet de la HES-SO, intitulé « Bachelor Soins infirmiers HES-SO : attractivité, accessibilité, réussite », travaille notamment sur la flexibilisation du cursus, le soutien à la réussite, l’alternance entre la formation académique et la pratique, le recrutement et la transition vers le monde professionnel. Il prévoit une participation accrue des étudiants, des milieux professionnels et des associations concernées.
La Haute École de Santé de la HES-SO Valais-Wallis est engagée dans plusieurs groupes de travail. Les projets présentés comprennent notamment :
- les Bachelors en soins infirmiers à temps partiel en français et en allemand ;
- l’intégration et la révision du Bachelor en emploi ;
- la refonte de la Nursing Team Academy ;
- des cours de pré-rentrée et des mesures de prévention du décrochage ;
- le développement du portfolio et du suivi des étudiants ;
- le renforcement de la collaboration avec les milieux cliniques ;
- la simulation, les scénarios pédagogiques et la numérisation des enseignements ;
- la promotion des différentes voies d’accès au Bachelor.
Le Bachelor à temps partiel, lancé en Valais à la rentrée académique 2024-2025, se déroule sur quatre ans et demi à un taux de 60%. Il combine enseignement présentiel, apprentissage à distance et formation pratique. Cette organisation doit notamment permettre de mieux concilier études, activité professionnelle et obligations familiales.
Porter les besoins des EMS dans les travaux HES-SO
L’AVALEMS siège au sein du groupe de coordination HES-SO du programme PgB. Cette participation permet de mettre en relation la transformation des cursus avec les réalités des institutions. Le développement de formations à temps partiel, en emploi ou plus flexibles modifie en effet l’organisation des stages, le rythme de l’alternance et les besoins d’encadrement.
Pour les EMS, la question centrale est donc la suivante : comment augmenter le nombre de personnes en formation sans reporter toute la charge supplémentaire sur des équipes et des praticiens formateurs déjà fortement sollicités ?
Le programme PgB et les contributions cantonales à la formation pratique sont, à cet égard, indissociables. Le premier permet de rendre les études plus accessibles ; les secondes doivent garantir que les institutions disposent des moyens nécessaires pour accueillir les étudiants dans de bonnes conditions.
3. Le programme ESMB : encourager l’interprofessionnalité et l’innovation
Le programme fédéral « Efficience dans le domaine des soins médicaux de base » – ESMB dispose d’un périmètre plus large que la seule formation infirmière.
Doté de près de huit millions de francs, il soutient des projets de formation et de pratique destinés à améliorer la prise en charge des personnes nécessitant des soins de longue durée. Les projets doivent notamment renforcer la collaboration entre plusieurs professions ou améliorer la coopération au sein d’une même profession, entre différents secteurs de prise en charge.
Les hautes écoles ainsi que les organismes publics ou privés peuvent présenter une demande. La contribution fédérale couvre au maximum la moitié des coûts imputables, dans la limite de 600’000 francs par projet.
Contrairement au rapport sur les mesures cantonales, l’OFSP tient un catalogue public des projets ESMB soutenus, avec une description, le nom des porteurs, la durée et le montant accordé.
Parmi les projets retenus lors du premier cycle figurent notamment :
- un Room of Horror numérique destiné à entraîner les professionnels des soins de longue durée à identifier les erreurs et les risques ;
- le déploiement du modèle DemCare dans dix institutions de soins de longue durée ;
- des modèles de consultations interprofessionnelles pour les personnes atteintes de maladies chroniques ;
- un projet valaisan d’agent conversationnel destiné aux personnes âgées, à leurs proches et aux acteurs de la santé.
Du LötschenCareBot à un déploiement cantonal
Le projet valaisan soutenu par l’OFSP porte officiellement le titre « Soutenir les personnes âgées grâce à un agent conversationnel, des soins à domicile aux soins hospitaliers ». Il prolonge l’expérience pilote du LötschenCareBot, développé dans le Lötschental par la HES-SO Valais-Wallis, l’EMS St. Barbara à Kippel et l’AVALEMS.
L’objectif est de proposer aux personnes âgées et à leurs proches un accès simple et permanent à des informations fiables sur les prestations disponibles dans leur région. L’agent conversationnel doit notamment :
- offrir une première orientation facilement accessible ;
- mettre en relation les personnes concernées avec les acteurs locaux ;
- présenter les prestations et soutiens disponibles ;
- transmettre les situations complexes aux services spécialisés compétents ;
- faciliter la coordination entre les proches et les professionnels.
Après le projet pilote mené dans le Lötschental, l’OFSP prévoit un déploiement à l’échelle du canton du Valais. Une contribution fédérale de 100’000 francs a été octroyée pour la période 2025–2028.
L’AVALEMS siège au comité de pilotage du projet, avec la HES-SO Valais-Wallis et l’EMS St. Barbara. La direction du projet associe les compétences de la Haute École de Santé et de la Haute École de Gestion, les responsables de l’EMS et la représentation cantonale des établissements médico-sociaux.
Le LötschenCareBot illustre concrètement le potentiel du programme ESMB : réunir une haute école, une institution de soins et une association professionnelle autour d’une solution numérique répondant à un besoin observé sur le terrain.
Trois leviers complémentaires et une implication directe de l’AVALEMS
Ces trois dispositifs interviennent à des niveaux différents :
- l’offensive de formation soutient les cantons, les étudiants et les institutions qui accueillent la formation pratique ;
- le programme PgB transforme et diversifie les cursus Bachelor proposés par les hautes écoles ;
- le programme ESMB encourage de nouveaux modèles de collaboration, de formation et de prise en charge.
L’AVALEMS est directement engagée dans chacun de ces espaces :
- au sein de la taskforce cantonale « soins infirmiers forts » ;
- dans le groupe de coordination HES-SO du programme PgB ;
- au comité de pilotage du LötschenCareBot.
Cette implication permet de porter une préoccupation centrale pour les EMS : l’augmentation du nombre de personnes en formation doit aller de pair avec un soutien concret aux institutions qui les accueillent.
Former davantage suppose de disposer de formateurs en nombre suffisant, de pouvoir les remplacer, de mutualiser certaines ressources, de simplifier les processus administratifs et d’adapter les stages à des cursus de plus en plus diversifiés.
Les programmes fédéraux ouvrent des possibilités intéressantes. Leur impact dépendra toutefois de leur capacité à répondre aux conditions réelles du terrain et à renforcer durablement les institutions qui assument la formation pratique.
Pour aller plus loin
- Offensive en matière de formation du personnel soignant et rapport sur les mesures cantonales
- Programme spécial Soins infirmiers PgB 2025–2028
- Liste des projets PgB soutenus
- Projets PgB de la HES-SO Valais-Wallis
- Programme d’encouragement ESMB
- Catalogue des projets ESMB soutenus
- Présentation du LötschenCareBot par la HES-SO Valais-Wallis
- Rapport annuel 2025 du Canton du Valais – taskforce soins infirmiers
23/06/2026
Pause estivale

